Valorisation des coutumes et traditions, une approche de gouvernance inclusive et de proximité

Les 17 et 18 septembre dernier 2021, l’Association Famelona, en partenariat avec l’Union FI.GA.KA, l’Association Loharano ny Hasigny, a procédé à une ritualisation au sein de l’Aire protégée Galoko-Kalobinono.

À titre de rappel, selon les croyances Sakalava locales, la zone où se trouve l’aire protégée abrite plusieurs esprits forestiers tels que Grand père Galoko (Dadilahibe Galoko) – et Grand-mère Kalobinono (Dady Kalobinono, Kalabenono ou Kalobenono). Ces esprits demeurent dans les sommets notables de l’aire protégée et   d’ailleurs, l’aire protégée porte le nom de ces principaux esprits, à savoir, Galoko-Kalobinono.

En tant que gestionnaire délégué de l’Aire protégée, l’Association Famelona, dans son plan d’aménagement et de gestion, a parmi ses principaux axes stratégiques, la promotion et la conservation des cultures et traditions locales. En effet, le développement durable et la conservation ne doit pas se faire au détriment des valeurs sociales et culturelles des communautés. Il en est même, une des composantes principales, car, dans les temps anciens, l’existence des interdits (Fady) servaient déjà de balises dans l’organisation sociale. Ces interdits étaient en majorités structurés en trois strates, à savoir collective (interdiction de consommation de porc, ou de chèvre pour certains clans), temporel (interdiction de travailler le mardi) et géographique (interdiction de pénétrer, de siffler ou de parler dans certains lieux).

Le respect de ces interdits, des souhaits et recommandations laissés par les ancêtres (Razana – ancêtres divinisés), figure parmi les ciments de l’harmonie sociale. Personne n’osait braver les interdits, de peur de se rendre coupable devant les esprits et les ancêtres. Et on les respectait aussi, afin d’avoir plus de bénédiction. De plus, selon les croyances ancestrales, les individus n’avaient pas d’accès direct à Zagnahary (le Créateur), mais devaient passer par les ancêtres, qui servent d’entremetteurs.

Cette hiérarchie, demeure, jusqu’à nos jour, comme étant une des bases de l’organisation sociale et cultuelle Malgache. Les derniers chiffres officiels (international religious freedom report 2015) affirment que plus de 50% de la population sont des pratiquants du culte traditionnel. C’est aussi pour cela que, de nos jours, nous pouvons encore profiter des vestiges des forêts primaires, car une partie de ces lieux était sacrée, voire même, dite comme étant interdite (Ala Fady).

Et c’est dans ce même esprit, qu’actuellement, les coutumes et les traditions se présentent comme étant parmi les moyens de gouvernance de proximité. En effet, la charte de l’environnement reconnaît les communautés, les structures et les cultures locales  comme ayant une place et une importance non négligeable dans la gestion de l’environnement (Art 04 de la charte de l’environnement).

Ainsi, la mise en œuvre d’approches de gouvernance et de conservation de l’environnement en cohérence avec les coutumes et traditions renforce l’inclusivité et le sentiment d’appartenance des communautés. En effet, la majorité des outils de gestions à la dispositions des gouvernances d’aires protégées à disposition sont principalement basées sur les outils législatives et juridiques. Ainsi, la considération de l’organisation sociale traditionnelle comme composante de la gouvernance locale des zones de conservation, peut appoerter une contribution dans l’appropriation et la mobilisation des différents groupes sociaux. Et pour preuve, il subsiste encore des autorités traditionnelles de type chefferies au sein des communautés locales.

            C’est dans cette optique que l’Association Famelona, avec l’aide de ses partenaires, a procédé à une ritualisation les 17 et 18 septembre à Anketrabe – Belinta.  En présence du Prince du Beramanja, ANDRIAMIAJA Haidary et du Député de Madagascar élu à Ambilobe, ASSIMO Bruno, un zébu a été abattu pour les repas communautaires afin de renforcer la concorde entre les parties prenantes locales de l’aire protégée (Nofon-kena mitam-pihavanana). Et suivant les consignes des gardiens de la tradition, un jeune zébu a été relaché au pied du mont Galoko, dans la partie Est de l’aire protégé, ou demeure « Dadilahibe Galoko ». D’après ASSIMO Bruno, Député de Madagascar élu à Ambilobe, cette approche renforce la volonté de chacun à renforcer la concorde (Fihavanana) et les relations sociales au sein des communautés, il a ainsi salué l’initiative de recourir à la gouvernance traditionnelle et coutumière comme composante des outils de gestion de l’Aire protégée Galoko-Kalobinono.

D’un autre côté, selon la communauté, les changements climatiques, la raréfaction de l’eau et la diminution des récoltes, sont aussi le signe du non-respect des interdits et tabou. En effet, depuis plusieurs années, certains trafiquants et exploitants de bois ont bravé la sacralité des lieux considérés comme interdits, ce qui a provoqué la colère et la réduction des bénédictions accordées par les ancêtres et le créateur. Aussi, cette ritualisation, a permis, d’après eux, de réparer les préjudices causées par certains, en réinstaurant la sacralité des lieux. C’était aussi l’occasion pour certains de faire part aux ancêtres leurs doléances et demander leur bénédiction dans leurs vie de tous les jours.

Li ANDRIANASOLO